Peut être, tu ne vois pas leurs pleurs,
Peut être, tu ne vois pas leurs larmes.
Ils ont pourtant posé leurs fleurs,
Ils ont pourtant posé leurs armes
Peut être, tu ne sais pas leurs désespoirs
Peut être, tu ne sais pas leurs soupirs.
Ils sont pourtant couverts de noirs
Ils sont pourtant couverts de souvenirs.
Ils sont sûrs que tu n'existes plus
Ils sont sûrs que tu as vécu
et ils savent qu'il est maintenant trop tard
et qu'ils tomberont à leur tour, nul part.
Et ils pleurent de peurs sur leurs fleurs,
mais leurs larmes ne désarment pas ce drame
Leur solitude exprimée par ton départ
n'est donc pas le fruit du hasard
Dis leur qu'il ne faut pas avoir peur
Qu'il n'est pas dans la mort de malheur.
Et tu sais que les peines ressenties
ne sont que la preuve de l'inaccomplie
Et si les vents soufflent encore
dans les vallées ou sur les mers
Et si les pluies trempent la terre
offrant au corps, un désir fort
Et si les fontaines abreuvent gentiment
juste ce qu'il faut, pas plus pas moins
Et si tout le monde en prend soin
offrant à l'esprit, un nouvel élan
Et si l'homme continue d'apprendre
dans les villes et les campagnes
Et si plus jamais le meilleur gagne
offrant à l'âme, un goût tendre
Alors, soyez en sûr, mes tristes amis,
Les mers, les pluies et les fontaines
coulent comme dans les veines.
Je suis encore parmi vous, ici.
A mon dernier soupir,
je rêve de cet instant
où je pourrai sourire
à ceux qui seront présents.
Sur mon lit, épuisé
je veux voir le sourire
de ceux qui m'ont aimé
et qui ont pu venir.
J'abandonnerai une larme
coulant sur l'oreiller
prouvant tout le charme
d'avoir été aimé.
Puis je chercherai mes mots.
A ceux qui m'écouteront,
je dirai "C'est beau !".
Et d'autres larmes couleront.
Le silence et le soleil
pour seul vêtement
je regarderai le ciel
par le fenêtre un instant.
Puis je sourirai encore
avant mon départ,
avant cette belle mort,
qu'aujourd'hui je prépare.
Car j'aurai fait le tour de mes pensées
et les aurai toutes exprimés
J'aurai fait le tour de mes envies
et les aurai toutes assouvies
Et j'aurai fait le tour de mes joies
et les aurai vu en éclats.
A mon dernier soupir,
je sais qu'à cet instant
je pourrais sourire
d'avoir été vivant.
Tu grandis dans le présent !
Tu grandis dans le présent !
Tu n'as pas compris,
Mais tu grandis !
Vas, mon frère, ta raison ne m'importe.
Grandis inconscient, insouciant.
Tu as raison !
Vas et grandis dans le présent.
Le présent se projette dans l'avenir.
Vas, et grandis dans le présent
Ta raison ne m'importe,
Tu as raison !
Va et ne t'arrête pas
Va dans le présent,
Il se projette dans l'avenir.
Inconscient, insouciant
Aies confiance !
L'avenir est contracté dans le présent.
Va, seul et tranquille !
Tu n'as pas compris, tu es libre.
Va libre dans le présent
Tu as raison
Inconscient, insouciant
Tu n'as pas compris.
J'abandonnerai tout, un jour,
je me laisserai partir sans retour
Oublierai ce qui m'ont connu,
Donnerai plus aucune vue
J'abandonnerai ce qui fait ce monde
je vous laisserai toutes les secondes
et les minutes et les années ;
Plus rien ne comptera jamais
J'abandonnerai mon visage et mon corps
mes yeux, mon c½ur, mon sort,
oublierai d'un seul coup toute ma vie
me souviendrai alors ce que je suis.
Ils me manqueront tous, tous les hommes
ou peut être ou sûrement, ce sera tout comme.
J'abandonnerai cette nature si forte
Je ne donnerai aucun signe après la porte
Envolé les amis, les amours et le reste
tout ce que j'aime ou que je déteste
les ennuis, les soucis les problèmes
Je n'abandonnerai plus aucun je t'aime.
J'abandonnerai ce regard tendre ou dur
cette vie, cette rivière, cet air pur
Me laisserai tomber avec ou sans lutte
plus d'ambition, ni d'espoirs, ni de buts.
Je ne garderai plus rien d'avant
j'abandonnerai tout en un instant
Me manqueront peut être tout ce que je connais
Ce qui manquera sûrement je l'oublierai
Parfois tu te plains des langueurs de la nuit
Des froideurs des matins, du soleil et des pluies.
Mais aussi tu admires fleurs, collines et rivières,
Les enfants et leurs rires, les hommes et la lumière
Parfois tu enrages des malheurs de la vie
Des souffrances à tout âge de toi ou de tes amis.
Mais aussi tu abandonnes les armes devant tes espoirs
Alors tu pardonnes ce qu'il y a de plus noirs.
Parfois tu pleures tes amours d'hier,
D'aujourd'hui tu as peur, et pour demain des prières.
Mais aussi tu inventes par l'écriture de mots
Une façon déroutante d'apaiser tous tes maux
Peux tu croire, poète fou, que tu choisis tes émois,
Ta famille et tes goûts ne sont issus que de toi
Peux tu voir la vérité en lisant tous tes vers
Ainsi tout est lié, c'est le seul mystère.
Il était temps que tout soit clair
Que la vérité trouve sa place
Que tombe tour à tour les mystères
Que disparaissent les feux et les glaces
La vérité est ailleurs, toujours plus haut
Peut dire justement un inconnu
Pourtant ceux qui connaissent tous mes maux
Tirent sur ma personne à vue
Bien des plaintes jamais de remords
C'est ainsi qu'ils fonctionnent
assassinant mon esprit et mon corps
qui pourtant ils affectionnent
Triste spectacle que leur prétention
ils préfèrent détruire ce qu'ils aiment
que de voir que leur petite intuition
ne valent jamais ce que je sème
Aurais je donc tord de donner amour ?
Devrais je les prendre pour ce qu'ils sont,
Sans qu'ils ne doutent que ce grand détour
Les mènera vers un puit sans fond ?
Ici et maintenant, enfin je les abandonne
Il fallait bien aussi me défendre
et ceux pour qui ces mots raisonnent
aurait dû bien plus tôt comprendre...
Tant pis pour eux !
Et donc j'ai été ruisseau,
entre les rochers, sans peine
coulant sous la peau
comme le sang, dans mes veines.
Et donc j'ai été prairie
à courir avec grâce.
Quand mes pieds ont verdi
je retrouvais ma place.
Et donc j'ai été forêt
pour épanouir mes sens.
Par des odeurs, enivré,
je prenais conscience.
Et donc j'ai été rocher,
et j'ai usé tous les corps,
qui pour essayer d'avancer
me poussaient au-dehors.
Et donc j'ai été montagne
plus fort que jamais.
Mon corps tout entier gagne,
quand je deviens sacré.
Et donc j'ai été vent,
à en perdre la tête.
Changeant, tournant, bousculant
les idées toutes faites
Et donc j'ai été océan
me répandant partout,
relevant les continents
qui s'excusaient à genoux.
Et donc j'ai été terre,
humble, rare et fertile.
Et dans mes yeux bleus et verts
l'univers n'est pas hostile.
Et donc, j'ai été soleil,
méfiant, et brûlant
l'orgueilleux, qui à tire-d'aile
approchait, insouciant.
Et puis, je suis humain,
jouet des lois naturelles.
Et je serais encore demain,
un être vivant et mortel.
Vous irez pleurer sur ma tombe,
Pendant que je riais aux éclats.
Il faudra bien que je succombe
Après toutes ces années ici bas.
Vous irez à pied au cimetière,
Portant vos fleurs et vos regrets,
Cherchant les mots d'une prière
Qu'hier encore je vous soufflais.
Vous irez pleurer votre souffrance
Celle que, pour vous, j'ai combattu
Et que vous avez, par stupide alliance,
Accueillie dans vos bras tendus.
Vous irez pleurer sur mon tombeau
Et répétant des phrases toutes faites
« Les départs sont toujours trop tôt,
et les meilleurs s'en vont, c'est un fait »
Vous irez voir dans mes cendres
Votre tour arriver tout à coup.
De votre vie, il faudra descendre,
Alors nous rirons, et moi et vous.